Le cercle vertueux du handball français

Double champion olympique, sextuple champion du monde et triple champion d’Europe. À la lecture de ce palmarès à qui pensez-vous ? Team USA au basket-ball… Raté.  L’équipe masculine de football brésilienne… Toujours pas. Ce palmarès phénoménal est la propriété d’une équipe. Une formation qui sur plus de deux décennies va écraser toute concurrence. Et ce, pour devenir la troisième équipe la plus titrée au monde. Cette équipe est tout simplement l’équipe de France masculine de handball. Ainsi, quel est le secret de plus de 20 ans d’hégémonie sans partage ? La formation ? Une génération dorée ? Ou tout simplement la chance ?

Des « Bronzés » en 1992, aux « Barjots » en 1993, puis aux « Costauds » en 2001 et enfin les « Experts » depuis 2009, l’équipe de France de Handball masculine s’est vue attribuer une multitude de surnoms pendant les 25 dernières années. Chacun de ces surnoms sont venus à la suite d’un titre majeur, tels des ères royales que l’on renomme à chaque passation de pouvoir. Puisque justement des rois, ils le sont depuis maintenant 27 ans, date du premier titre majeur… la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992.  Depuis cette date, il s’agit tout simplement de la sélection de handball la plus titrée de tous les temps. Elle est également la première, et la seule, à avoir détenu simultanément les trois trophées majeurs (Jeux olympiques, Championnat du monde, Championnat d’Europe), et ce à deux reprises en 2010 puis en 2015. Preuve d’une domination sans pareille égale. Une question se pose alors, comment le handball masculin français est arrivé à un tel résultat ?

Une transformation entamée à partir de 1985 

Sport olympique depuis 1936, il faudra attendre quatorze Jeux Olympiques pour voir le handball français décrocher une médaille. La raison de cette longue attente est simple, le handball a longtemps été considéré en France comme un sport de préau comme le précise l’ex-international français Philippe Gardent « le handball a longtemps été pratiqué à l’école ». Ne permettant pas un réel essor de ce sport et donc de résultat significatif en compétition internationale. Pis encore, l’équipe est régulièrement humiliée en championnat du monde jusqu’à être renversée en division C en 1985. De telles contre-performances ne pouvant plus durer, Daniel Costantini prend alors en main cette équipe qui a fortement besoin de transformer ses méthodes de travail. Il va  entreprendre d’importantes modifications, dans la     préparation notamment avec des séances physiques bien plus exigeantes et plus adéquates avec le sport de haut niveau. Et cela va porter ses fruits.

En 1986, l’équipe sort vainqueur de la division C, permettant alors d’intégrer la poule B. En 1989, elle termine 5ème de cette même division et monte à l’étage suprême. L’année d’après, lors du championnat du monde 1990, la France est emmenée par ce qui         deviendra l’un des meilleurs joueurs de son histoire… Jackson Richardson. Il apparait alors que cette génération est enfin promise à briller. Grâce à son parcours honorable durant la compétition, cette équipe se donne le droit de disputer un match historique pour une qualification aux Jeux olympiques de Barcelone face à l’Islande. La victoire 29-23, permet aux Français de se qualifier pour le tournoi olympique. La suite est maintenant connue, la France va remporter sa première médaille internationale, la première d’une très longue série. Ainsi, la transformation de cette équipe par Daniel  Costantini est indéniable mais elle n’est pas la seule variable au succès du handball français.

Les « Barjots » fêtent leur médaille de bronze à Barcelone, notamment Philippe Gardent(n°13) 
CHRISTOPHE SIMON / AFP

Une formation sans autre commune-mesure

À cela s’ajoute une restructuration totale de la formation handballistique française. Dans son dernier livre, Le roman du hand tricolore : les secrets de la performance durable, Philipe Bana, ex-international espoir et directeur technique des bleus depuis dix-neuf ans, l’explique avec précision. Tout d’abord, à l’inverse de beaucoup d’autres sports, le monde fédéral amateur et le monde professionnel se sont construits non pas en opposition mais en complémentarité. Cette osmose entre les clubs a permis à la fédération française de se structurer durablement en évitant des conflits inutiles. De cette bonne structuration va en ressortir surtout une formation des jeunes sans commune-mesure dans le sport français. D’autant plus que cette stratégie de collaborer avec les petits clubs amateurs « en a stupéfié plus d’un » comme le confirme Philippe Bana ».

Ainsi, avec une fédération maintenant structurée et une nouvelle stratégie de la « pyramide » qui repose sur une base large (le milieu amateur) et un sommet très pointu (l’excellence du monde professionnel), la formation n’a plu qu’à être mise en place.  Le nombre de structure pour la formation va doubler, jusqu’à atteindre quarante-huit établissements et la fédération va missionner des entraineurs dans les quatre coins du monde de l’outre-mer à la Nouvelle-Calédonie en passant par le fin fond de la France. De cela, ressortiront des Jackson Richardson (Réunion), Daniel Narcisse (Réunion) et Didier Dinard (Guadeloupe) ou encore des Valentin Porte, peut-être le symbole de cette formation qui ne laisse rien au hasard. En effet pour Michel     Barbot, manager de l’équipe de France « S’il n’y avait pas eu le club de Toury, dans le Val de Loire, on ne serait pas devenus champion du monde en 2017 ». Puisque Valentin Porte fut un élément essentiel à la victoire de la France en 2017 et que celui-ci vient « d’un petit club au fin fond de la Ligue du Centre » relate Philipe Bana. Montrant l’indispensable maillage territorial de la formation handballistique française.

Valentin Porte lors de sa première saison professionnelle  au Fénix de Toulouse, signe majeur de la qualité de la formation française

De plus, le déplacement des catégories des 14-18 ans et 18-22 ans au plus près des clubs professionnels va permettre de créer des véritables lieux d’excellence où les jeunes peuvent côtoyer les grands, « ce mélange crée des lieux de performance durable où l’émulation est forte » précise le DTN dans son ouvrage. Avec cette accord le handball français va passer « de la vielle locomotive à vapeur au TGV » toujours pour Bana. Maintenant c’est toujours ce modèle qui officie en France et qui permet d’avoir une formation rayonnante, créant des jeunes joueurs ultra-compétitifs, des joueurs qui toutes les décennies forment des générations exceptionnelles, dites dorées.

Des générations dorées

Avec une telle formation, l’équipe de France va sortir une génération dorée tous les quinze ans. Et chacune d’elle va régner pendant une décennie sur le handball mondiale. La première génération dorée va être portée par les enfants de 1968-1972. Ces quatre années vont donner naissance à Jackson Richardson, meilleur joueur de l’année 1995, Patrick Cazal, considéré comme le meilleur gaucher de sa génération, Bruno Martini vu comme l’un des meilleurs gardiens de tous les temps et Grégory Anquetil, élu meilleur ailier droit français de tous les temps en 2002. Avec cette génération dite des « barjots », la France remportera deux championnats du monde en 1995 et 2001.

Pourtant si cette génération avait mis la barre déjà assez haute, deux autres vont la pousser à des hauteurs dantesques. Ainsi, les générations 1976-1979 et 1982-1984 sont celles qui vont amener le handball français aux palmarès que nous connaissons maintenant. Entre distinctions internationales et personnelles ces deux générations vont donner naissance à Thierry Omeyer (1976), élu meilleur handballeur de l’année en 2008 et meilleur gardien de tous les temps. Jérôme Fernandez (1977), meilleur marqueur de l’histoire de l’équipe de France avec 1463 buts. Didier Dinart (1977), actuel entraineur de l’équipe de France et meilleur défenseur de la Ligue des Champions sur la période 1993-2013. Bertrand Gilles (1978), élu meilleur handballeur mondial de l’année en 2002. Et Daniel ‘Air France’ Narcisse (1979), aussi élu meilleur handballeur mondial mais en 2012.

Les années 1982-1984 vont mettre en lumière Michaël Gigou (1982), Luc Abalo (1984), Cédric Sorhaindo (1984) mais surtout celui considéré comme le plus grand handballeur de tous les temps… Nikola Karabatic, élu meilleur joueur mondial de l’année en 2007, 2014 et 2016 mais aussi nommé deuxième en 2009, 2010 et 2015. Avec une telle concentration de talent, l’équipe de France va remporter lors de la période 2001-2017 deux Jeux Olympiques, cinq championnats du monde (notamment en 2001 avec les derniers joueurs de la génération 1968-1972) et trois championnats d’Europe. Preuve de l’excellente formation française et de la richesse du vivier français qui réussit décennie après décennie à se renouveler.

Daniel Narcisse , Thierry Omeyer, Nikola Karabatic, Cédric Sorhaindo, Dideir Dianart, Luc Abalo et Michaël Gigou (De gauche à droite), lors de la victoire au championnat du monde de 2014. Symbole de deux générations dorées dominant le monde. REUTERS/Henning Bagger

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas prêt de s’arrêter car la génération 1995-1997 est considérée comme la nouvelle génération dorée du handball français. Dans ces rangs, Dika Mem, Ludovic Fabregas, Nedim Remili, Romain Lagarde et Melvyn Richardson (fils de Jackson). Dont certains d’entre eux comptent déjà dans leur palmarès un championnat du monde ou une Ligue des Champions. Signe que la  domination et le cercle vertueux de l’équipe de France de handball ont encore de belles années devant eux. 

Nedim Remilli (N°5) et Melvyn Richardson (N°9), lors du dernier Euro sont les deux stras à venir de l’équipe de France

Adrien Michaud

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