Florian Vachon : “À 35 ans, le vélo ce sera fini pour moi.”

Battre à la pédale Florian Vachon, le cycliste d’Arkéa-Samsic : voici le défi que le pôle universitaire Lardy a lancé à ses étudiants mercredi 4 Septembre. Cette manifestation visait à booster la candidature de Vichy, qui se veut ville partenaire des J.O 2024. Le Montluçonnais aux six participations au Tour de France s’est confié sur son rôle dans le peloton, sa vision du cyclisme et sa reconversion qui approche.

Florian Vachon est “venu défendre sa terre bourbonnaise”.
©Matthias Haag

Vous avez endossé le rôle d’un des poissons-pilotes d’André Greipel. Y’a-t-il des liens particuliers qui se sont créés entre vous ?

Forcément, il faut de la complicité et surtout avoir des automatismes. C’est-à-dire que si dans le peloton je vois une ouverture à droite, il faut qu’il puisse deviner que je vais y aller. Il faut qu’il me fasse confiance aussi parce que parfois, il ne voit pas forcément où il met ses roues. le sprinteur doit avoir une confiance aveugle en son poisson pilote. Donc oui, il y a des liens qui se créent, malgré la langue.

Comment vous faites pour débrancher le cerveau lors d’une arrivée au sprint ?

Je ne pourrai pas l’expliquer. Tu es dans le truc, la tension monte petit à petit puis après ce sont des facultés à se placer. Il y a vraiment la condition physique. Quand tu es dans de bonnes conditions, tu as moins l’appréhension du danger. Mais il n’y a pas de miracle, ni de technique pour dire « aller je débranche et j’y vais ». Ça vient petit à petit, ce n’est pas quelque chose d’inné. Avec le recul et l’âge je viens chercher cette adrénaline. Cette tension là où tu sais que tu prends des risques et que tu as la possibilité de chuter lourdement.

Votre rôle a donc évolué, vous êtes passé de leader à coéquipier. Comment l’avez-vous vécu ?

C’est un peu moi qui l’ai choisi. Dans un sens, pendant certaines courses, je me suis mis au service de l’équipe alors que j’aurais pu jouer ma carte personnelle. J’ai été lucide sur le fait qu’il y avait des coureurs meilleurs que moi. Et ça ce n’est pas forcément évident pour chacun car on a tous notre égo, surtout chez les sportifs. J’ai vu beaucoup de coureurs qui avait dix fois plus de potentiel que moi mais qui n’avaient pas forcément la même volonté. Maintenant, le courant passe bien avec les jeunes. Je les forme au métier de cycliste, c’est un truc qui me botte bien et c’est comme ça que je me suis devenu un capitaine de route plus qu’un leader.

Vous êtes dans les équipes d’Emmanuel Hubert depuis maintenant neuf ans. Comment vous avez vécu le changement de statut de l’équipe aux fils des saisons?

Chaque année, au niveau du recrutement on a pris en qualité. On a d’abord eu  Pierrick Fédrigo pour commencer il y a quatre ans, qui était le coureur français du moment. Après, il y a eu Warren [Barguil] qui est arrivé et a fait beaucoup de bruit en sortant d’un Tour de France extraordinaire. Puis André Greipel et enfin aujourd’hui Quintana. Donc c’est surtout avec le recrutement que j’ai pu vraiment suivre cette évolution positive.

Avec l’arrivée de Nairo Quintana dans votre équipe, vous vous mettez à jouer le classement général des grands tours ?

L’objectif numéro un pour une équipe comme la nôtre, c’est de faire le Tour [de France]. C’est une obligation pour les retombées médiatiques, pour avoir un petit peu de renommée. Quintana nous fait vraiment changer de monde. On prend une dimension internationale et donc la possibilité d’être invités dans toutes les courses possibles autour du monde. Aussi bien en début d’année en Amérique du Sud que sur les trois grands tours.

Avec les récentes victoires de Bernal, Evenepoel ou Pogačar, la jeunesse prend le pouvoir ?

Il y a clairement une nouvelle génération. Moi j’ai commencé le vélo il y a douze ans et l’âge d’or était autour des 30 ans. Les exemples d’Alaphilippe ou de Pinot en France montrent que maintenant tu exploses autour des 25 ans. Les Van der Poel, les Bernal, ils ont 21, 22 ans et Evenepoel est déjà champion d’Europe de chrono à 19 ans, c’est impressionnant. Je pense que c’est parce que les jeunes sont directement à fond dans le cyclisme professionnel aujourd’hui. Moi, quand je suis passé pro à 20 ans, je sortais de la vie étudiante avec tout ce que cela comprend (rires). Après seulement, je me suis mis dans le métier de coureur cycliste avec toutes ses contraintes. Aujourd’hui, les juniors font peut-être plus le métier que moi. C’est pour ça qu’il y a une nouvelle génération qui arrive très tôt.

Vous avez 34 ans. Pensez-vous rester sur un vélo encore longtemps ? Quelle suite prévoyez-vous pour votre carrière ?

Je vais normalement resigner un an avec Arkéa mais ça va être ma dernière année. À 35 ans, le vélo ce sera fini pour moi. Aujourd’hui, la reconversion c’est encore une inconnue. J’ai un an pour voir ce qui va se passer par la suite. Après la question c’est savoir si je reste dans le sport pour prendre des “thunes” ou si je veux changer drastiquement d’orientation.

Quel est votre point de vue vis-à-vis de la relation entre les cyclistes et les automobilistes et des nombreux accidents que celle-ci engendre ?

C’est un fait, la route devient dangereuse en France. Quelquefois, les fautes sont partagées et il y a aussi des cyclistes qui sont complètement en tort. J’ai vu faire des choses invraisemblables lors des stages. Il faut être conscient que nous, les coureurs cyclistes, avons peu de protection. Donc, un automobiliste doit se dire qu’attendre cinq secondes derrière un vélo ce n’est pas la mort. Dans d’autres pays comme la Belgique, la Hollande et le Danemark le cycliste est prioritaire partout. Tu vas dans ces pays-là, les automobilistes s’arrêtent systématiquement pour laisser passer les vélos et c’est assez impressionnant. Je vais te faire un peu un discours politique mais il faudrait que les pouvoirs publics prennent conscience de ça et mettent en place des aménagements adaptés pour les cyclistes.

Adrien Michaud, Elias Muhlstein

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