Le sport et la politique : un enjeu commun ?

A l’heure où je vois défiler, sur les réseaux sociaux, des critiques sur la place de la politique dans le football, en parallèle du match France-Turquie, il est nécessaire de rappeler que le sport a TOUJOURS eu un lien avec la politique.

Le lien entre la politique et le sport remonte bien avant l’usage du terme « sport ». Au départ le « sport » c’est surtout de la politique. En quoi ? Et bien au début du XIXème siècle, les membres de l’aristocratie britannique utilisent le sport pour parier sur leurs valets. Ces derniers pratiquent ce qu’on pourrait assimiler à des courses aujourd’hui. Mais dans quels buts font-ils cela ? Pour la simple et bonne raison qu’en gagnant son pari sur son rival, on gagne en popularité, et le sentiment de supériorité s’installe pour le vainqueur auprès de ceux qui les entoure. Alors l’influence du vainqueur augmente, la politique rentre donc en jeu.

Le sport comme système de rayonnement

Prenons un autre exemple, dès son arrivée au pouvoir en 1933, Adolf Hitler s’empare des Jeux de Berlin 1936 pour faire rayonner la race aryenne, le sport n’est pas politique ? A sa prise de pouvoir, le Führer fusionnera toutes les fédérations sportives allemandes pour n’en faire qu’une seule, celle-ci sera placée sous la tutelle du ministre responsable des sports du Reich, Hans von Tschammer und Osten (oui c’est vraiment son nom). D’ailleurs dans Mein Kampf, le dictateur allemand citera plusieurs fois l’importance du sport et la mobilisation de masse qu’il peut engendrer. C’est aussi dans cette optique que Hitler rétablit le service militaire obligatoire en 1935. Il veut des hommes entrainés pour montrer au monde entier la suprématie aryenne. Dernier point sur Hitler qui montre que l’apolitisme dans le sport est impossible. Lorsqu’en 1935, le Führer propose la candidature de Pierre de Coubertin, père des Jeux Olympiques modernes, au Prix Nobel de la paix, il veut faire passer un message politique, en invitant le monde entier à venir à Berlin pour voir l’œuvre de Coubertin mais surtout pour admirer la domination aryenne. Étonnamment, l’Allemagne nazie finira première au tableau des médailles. Le sport est politique.

L’instrumentalisation du dopage

Vous souhaitez un exemple plus récent ? Prenons le dopage chez les athlètes russes, c’est politique. C’est même un système institutionnel fomenté par les hauts dirigeants russes (Regardez ICARE de Bryan Fogel). Mais quel intérêt aurait la Russie d’instrumentaliser des techniques de dopages pour ses athlètes ? En 2010, aux Jeux Olympiques de Vancouver, les sportifs russes ne ramenaient que trois médailles d’or, et se classaient seulement 11ème au tableau des médailles. Sachant que les prochaines olympiades seront à domicile à Sotchi, la Russie va donc créer un système de dopage très sophistiqué qui vise à redorer le blason de la Russie, mais surtout à la hisser devant les grandes puissances mondiales comme les États-Unis ou la Chine. Et ce fut réussi pour les russes, qui finiront à treize médailles, soit dix de plus que sur les dernières Olympiades, les américains n’en obtiendront « que » neufs. Cependant, suite aux révélations, en 2017, de cette affaire de dopage d’État, onze médailles sur trente-trois leurs seront retirées.

Alors le sport devient un enjeu politique. Gagner une épreuve sportive internationale devient le graal pour toutes les nations, remporter des Jeux Olympiques ou une Coupe du Monde offre une représentation médiatique mondiale. Au lendemain du sacre français en juillet 2018, toutes les Unes de presse mondiale saluait la victoire tricolore. Une manière de hisser son pays sur la plus grande marche internationale.

Le sport est donc politique, quoi qu’on en dise. L’apolitisme revendiqué par Pierre de Coubertin, au moment de la création des Jeux Olympiques modernes à Athènes en 1896, n’a jamais vraiment existé. A l’heure où les conflits mondiaux et la corruption rongent le sport, l’apolitisme semble désormais bien loin des instances internationales.

Jules Torres

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