Renaud Lavillenie : « 2020, je vais m’en servir comme un temps de récupération »

Confiné chez lui, près de Clermont-Ferrand, l’ancien détenteur du record du monde de la perche raconte cette période spéciale où le déplacement des Jeux Olympiques de Tokyo bouleverse son présent et son futur.

Renaud Lavillenie s’entraînant sur son sautoir maison. (S. Boué/L’Equipe)

Comment vous vivez cette période spéciale pour un sportif de haut niveau ?

Je préférerai être avec mes potes pour préparer les Jeux olympiques mais j’ai la chance d’avoir une maison, un jardin et de ne pas être seul, c’est positif. Je n’ai vraiment pas à me plaindre, ce n’est pas des vacances, mais ça me permet de relâcher la pression. C’est appréciable parce que je suis à bloc depuis des années.

Dans l’absolu, la période actuelle n’est que la continuité de ce que je vis au quotidien. Je dois toujours m’adapter en fonction des conditions. Ce confinement, c’est une adaptation assez conséquente mais je n’avais pas l’intention de m’arrêter en 2020.

Comment on allie la possibilité de préparer des Jeux olympique en étant chez soi. Quelle est la
vision à ce moment-là ?

Au début, je n’avais pas de vision. Je ne pouvais donc pas me permettre de relâcher mes efforts. Les Jeux olympiques, ça se préparent des mois, même des années en amont. On pourrait dire que c’est au lendemain de Rio qu’on prépare Tokyo. Après réellement, la préparation commence six à neuf mois avant.

Avec une tenue des JO aussi incertaine, comment se déroule votre préparation ?

Début mars, j’étais encore dans l’incertitude. Je ne pouvais pas me permettre de minimiser l’impact d’un éventuel report. J’ai essayé de faire une bonne préparation physique mais c’était un peu du bricolage. Par exemple, aujourd’hui (jeudi 16 avril, NDLR), je devrais être aux Etats-Unis, dans de bonnes conditions mais là, je suis à la maison. Je n’ai pas de piste pour faire des sprints et pas vraiment de matériel pour faire de la musculation. Je fais ça un peu tout seul. Et même si, la perche est un sport individuel, je ne le suis jamais vraiment. Il y a toujours la présence de mon coach. Il est là pour les entrainements mais aussi pour porter un regard extérieur.

Se préparer dans ce genre de condition, ça aurait pu le faire pendant deux ou trois semaines. Maintenant, on est parti au minimum pour huit semaines. Dans ces conditions, une bonne préparation aurait été très compliquée à mettre en place. Surtout dans l’avènement d’une compétition internationale où ce sont les détails qui font la différence. Et en ce moment, je me retrouve dans un cas où le terme de précision a totalement disparu.

Maintenant que les Jeux olympiques ont été reportés en 2021, est-ce que vous envisagez de pousser
encore un peu pour disputer les JO 2024 de Paris ?

Cela fait deux saisons que je commence à envisager un plan de fin de carrière. Pour Tokyo 2020, j’aurai été compétitif pour aller chercher une médaille, pour 2021 aussi. Maintenant, je vais faire une année 2022 un peu plus tranquille pour aller jusqu’en 2024. C’est actuellement le plan, sachant qu’il y a toujours des aléas. Le report des Jeux olympiques de Tokyo, par exemple, en est un.

Dans l’absolu, je préfère que ce soit Tokyo qui soit repoussé plutôt que Paris. Un an de plus, ça sera moins grave l’année prochaine. Cette année 2020, je vais m’en servir comme un temps de récupération sans avoir trop de pression. Cela me permettra d’enchaîner les quatre prochaines années, avant de pouvoir envisager la fin.

Avec ce déplacement des Jeux, croyez-vous-en la tenue des Championnats d’Europe qui se dérouleront du 25 au 30 août ?

La décision était d’attendre le verdict pour le Tour de France. Avec le déplacement du Tour à fin août, je ne vois pas pourquoi les Championnat d’Europe ne pourraient pas avoir lieu. Les deux événements ont des dates similaires et le Tour de France est plus important.

Est-ce que vous envisagez qu’ils puissent se tenir à huis clos ?

Ça me parait compliqué. Pour nous les athlètes, ça nous ferait comme un entraînement. La compétition vient de l’adversité mais aussi de l’encouragements du public. D’autant que ceux-ci sont à Paris. Le soutien du public est une chose d’extraordinaire, encore plus à domicile. Le huis clos serait compliqué. En plus, il y aussi l’aspect économique. S’il n’y a pas de public. L’événement sera à perte et je ne pense pas que la fédération prenne ce risque. Pour l’instant, on n’a pas de vision à très long terme. S’ils ont lieu, je serais présent pour y participer.

Adrien Michaud

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